UTHC 2017 – 65 km v2

Au tour de Molière! Pourquoi pas?

L’Ultra-Trail Harricana du Canada est, à mon avis, le sommet annuel de l’ultra au Québec. Bien que le Bromont Ultra ait une place spéciale dans mon coeur étant mon ultra local et ayant été mon premier long trail, je dois reconnaître que l’ampleur et le prestige de l’UTHC impressionnent. Ce n’est peut-être pas l’UTMB, mais aucune autre course dans la province attire autant de coureurs et de talent, du moins parmis celles que je connaisse. J’aime bien les plus petites courses avec une atmosphère plus relaxe, cependant j’apprécie le fait d’avoir une course au calendrier où il y a une certaine compétitivité intrinsèque.

Ceci ayant été ma deuxième participation au 65 km de l’UTHC, mes buts étaient plus précis et mon approche plus systématique. Je voulais coupé une demi-heure à mon temps de huit heures et demie de l’an passé et j’avais une bonne idée des sections où je pourrais épargner du temps. En bout de ligne, la condition des sentiers a eut son mot à dire, mais ma journée fut un succès, somme toute.

Rebonjour La Malbaie

Le retour à La Mablaie, un endroit maintenant un peu familier, fut très plaisant. La découverte de Pains d’Exclamation, la source de glucide de prédilection de plusieurs coureurs lors de cette fin de semaine, fut une belle révélation peu après notre arivée en ville. Notre Airbnb, bien que rien de spécial, s’adonnait à être partagé avec deux autres coureurs et leur entourage, ce qui lui conférait une agréable atmosphère. Vers la fin de notre souper spaghetti, Éric et sa famille sont arrivés et n’ont pas perdu de temps à préparer leur propre souper spaghetti. Le second coureur, un peu plus mystérieux, n’est arrivé qu’en fin de soirée et est tout de suite reparti pour trouver quelque chose à manger et, ce, malgré le fait qu’il devait prendre le départ du 125 km à 2h du matin, et la navette encore plus tôt…

La nuit fut courte pour les coureurs du 65 km, mais certainement plus longue que celle de notre coloc qui avait près de trois heures de trail dans les jambes à notre réveil. Éric était déjà en train de déjeuner quand je suis arrivé dans la cuisine. Un triathlète habituellement, il en était à son premier ultra trail. Nous avons discuté un peu d’équipement et du parcours à venir en nous préparant mentalement pour notre journée.

J’ai opté cette année encore de prendre la navette jusqu’au départ, malgré le fait que mes parents comptaient s’y rendre en voiture pour voir la chose. Bien que je ne sois pas du genre à être d’humeur à causer avec des inconnus à 6h du matin, le trajet en compagnie de coureurs aide quand même à se préparer pour la course. Certains sont stressés, d’autres clairement pas et, parmis ça, il y en a qui stressent pour rien et d’autres qui devraient stresser beaucoup plus. Il y a les bien équipés confiant qui intimident et les bien équipés qui semblent avoir comblé un manque de préparation et/ou de confiance par de l’équipement. Il y a les mal équipés appréhensifs et les rares mal équipés confiants qui vont soit finir comme leurs homologues craintifs sauf plus confus, soit terminer la course une heure avant la deuxième position l’air de rien. Bref, on peut s’y perdre à juger les autres, mais, tant qu’on finit par en venir à la conclusion que chacun et chacune doit courir sa propre course, ça ne fait pas de mal de s’intéresser à nos collègues-compétiteurs.

Le trajet de bus prenant fin un gros 45 minutes avant le départ, je n’ai vraiment pas manqué de temps pour manger une dernière barre tendre et faire quelques tours de stationnement avant le départ. Après le léger échauffement, j’ai retrouvé mes parents qui avaient eux-mêmes trouvé Curtis et son copain Alexis, rencontrés au Peak Ultra en mai. Nous avons échangé quelques mots avant de devoir nous diriger derrière la ligne de départ.

Départ en loup

Au départ, je me suis placé plus près de l’avant que l’an passé, voulant éviter d’être coincé derrière des coureurs plus lents plus tard. Dans la même optique, je n’ai pas hésité à me laisser aller un peu sur les premiers kilomètres en légère descente. J’ai dépassé un bon nombre de coureurs pour éventuellement me retrouvé avec deux coureurs à peine plus agés qui avançaient au même rythme. Cette cadence était cependant une vitesse de croisière pour eux et non une simple poussée initiale pour se donner un peu d’espace, fait rendu évident par leur discussion d’objectifs dans les 7.5 heures.

L’idéal aurait été de les laisser se distancer pour me départir de leur mauvaise influence et trouver mon propre rythme. Toutefois, notre progression était super et il a été difficile de me convaincre de ralentir. Comme planifié, je suis passé à travers le premier ravito au 6ième kilomètre sans arrêter. N’ayant ainsi pas laissé la chance à des coureurs plus lents me dépasser au début du single track comme l’an passé, la progression rapide a pu continuer. Éviter de laisser d’autres coureurs me ralentir sur cette section était un de mes objectifs principaux pour la journée. La réalisation que j’avais réussi à me donner assez d’espace pour atteindre mon objectif et me donner une chance de gagner du temps sur l’an passé m’a enlevé un peu de pression. Il aurait cependant peut-être été préférable de relaxer un peu moins et de me demander si j’étais en train de gagner trop de temps trop rapidement.

Entre les 8ième et 15ème kilomètres se trouve la plus importante montée du parcours. J’ai suivi mes collègues rapides pour un bout, mais le dénivelé qui commençait à s’accumuler a éventuellement réussi à me convaincre de ralentir. Étant finalement seul, j’ai commencé à penser plus à ma gestion de course, un tantinet du moins. J’ai allumé qu’il faudrait commencer à ingérer des calories avec environ une heure de course de passée. J’ai pris quelques gorgées de Perpetuem, cependant je suis retombé dans un mode de trop grand focus sur la vitesse assez rapidement. Dans l’instant je me sentais toujours assez bien et le bon rythme était difficile à perturber.

Un autre élément qui me soutirait de la concentration était l’état des sentiers. Cette section est quand même un peu technique par bouts et la météo des derniers jours l’avait rendue assez boueuse. Le niveau de technicalité s’en trouvait réhaussé et quelques pas paresseux m’ayant presque coûté une cheville m’ont convaincu de porter une plus grande attention au sentier. En général, tout le parcours était plus mou cette année, mais c’est ici que l’effet était le plus prononcé.

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Arrivé au ravito Coyote (22 km) en deux heures et demie, j’avais déjà une avance de 18 minutes sur l’an passé avec seulement un tier de la course de complétée. Tous les sytèmes étaient en bon état, mais je n’avais pas encore ingérer quoi que ce soit de solide. Je savais que cette situation n’était vraiment pas idéale rendu à ce point dans la course, même s’il n’y avait pas encore de répercussion. J’ai pris quelques bouchées avant de me remettre en chemin en planifiant de mieux manger par la suite.

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Milieu méchamment moyen

Je n’ai pas dû attendre trop longtemps pour que le down fasse son apparition. En dedans de quelques kilomètres mon taux de sucre a croisé son seuil critique et le niveau de difficulté a atteint un maximum local. J’avais prévu essayer de courir jusqu’au 28ième kilomètre et de manger dans la montée qui commençait là, mais j’ai fini par abandonner l’idée de courir sur le beau plat facile juste avant. Tant qu’à marcher j’en ai profiter pour manger plus tôt. J’ai combiné Skittles et vraie bouffe dans le but d’avoir des glucides simples pour le court terme est des complexes pour reprendre la forme à long terme. Ça a fait un peu lourd dans l’estomac, mais j’avais un 5 km de montée pour digérer et un bon déficit à combler.

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J’étais content de tomber sur le chemin forestier au sommet puisqu’il nous mènerait jusqu’au prochain ravito en descente. J’espérais retrouver le high de l’an passé et pouvoir dévaler la route avec la même vitesse qui m’avait permis gagner plusieurs positions sur cette section. Le début s’est bien déroulé, mais il est devenu évident que ma collation de plus tôt n’avait pas trop eu le temps de quitter mon estomac. Des crampes m’ont forcé de ralentir un peu alors qu’il restait toujours de la descente. De plus, le parcours de cette année était légèrement modifié puisqu’il passait par des sentiers boueux pour les quelques derniers kilomètres avant le ravito, plutôt que de continuer sur la route.

Quelques coureurs qui avaient l’air d’être en bien meilleur d’état m’ont dépassé en jasant avant le ravito, ce qui n’a pas aidé le moral. Cependant, les choses commençaient à retomber en place un peu en retrouvant la route tout juste avant l’Épervier (41 km). Je ne sais pas si c’était le taux de sucre qui remontait ou si c’est l’approche du dernier tier de la course me motivait, mais une nouvelle page se tournait. Un coureur du nom de Yohann m’a rattrapé et nous avons navigué ensemble les indications confuses menant au ravito.

Le début de la fin

J’avais presque tout perdu mon avance sur l’an passé. Elle était maintenant de 3 minutes. Je n’ai pas trop perdu de temps à l’Épervier et j’ai débuter avec Yohann l’ascension qui nous attendait dès la sortie. Les jambes étaient prêtes pour de la montée et, avec de la compagnie, c’était assez plaisant. L’accent de Yohann trahissait le fait que le drapeau canadien sur son bib n’était pas le sien. J’ai appris qu’il était un français venu travailler au Québec après son doctorat en chimie. En apprenant que j’étais en physique, sa réaction fut de dire que ce n’était vraiment pas son sujet de prédilection. Malgré les blagues à l’intérieur de la faculté des sciences, il me semble que, dans les bois lors d’une course, les chimistes et les physiciens devraient se trouver plus de points en commun que de différences, mais bon.

Après une discussion sur les sujets de recherche et la vie après les études, j’ai commencé à me distancer. C’était moi qui menais la charge vers le sommet et je sentais que j’avais plus de facilité en montée que Yohann. Je croyais l’avoir semé, mais des bruits venant d’en arrière lorsque le sentier redevenait plat m’ont fait réaliser qu’il me rattrapait. Nous avons finalement couru le plateau du sommet ensemble avant d’entreprendre la descente technique de l’autre côté. Cette section est assez abrupte et très lente pour de la descente. Après 45+ km, elle ne faisait vraiment pas de bien aux jambes non plus.

À la suite de nombreuses plaintes (qui venaient peut-être principalement de moi, mais je crois que le sentiment était mutuel), nous avons retrouvé le plat au point où le parcours du 28 km fusionnait avec le nôtre. Alors que nous dépassions les coureurs et coureuses de l’arrière du peloton de cette course, nous nous sommes faits dépasser nous-mêmes. Malgré sa grande vitesse, je n’avais aucun doute qu’il s’agissait du meneur du 125 km. Yohann a confirmé que nous avions affaire à Vivien Laporte, un français en route vers la victoire. J’ai refusé de me faire laisser dans la poussière par quelqu’un qui avait 55 km de plus dans le jambe et j’ai donné un peu plus de jus jusqu’au ravito Split-BMR (48 km) auquel nous sommes arrivés ensemble.

Encore une fois, je n’ai pas trop perdu de temps au ravito, moins de 5 minutes. Vivien était plus affairé que moi s’était remis en chemin encore plus vite, alors je suis reparti seul. Avance: 11 minutes.

Une dernière poussée

Malgré les 15 km restants, le sentiment que la fin approchait commençait à apparaître en sortant du Split-BMR. La Montagne Noire se dresse cependant entre ce point et la ligne d’arrivée. L’ascension en est une longue, mais aussi la dernière. Je suis assez satisfait de comment j’ai réussi à pousser fort jusqu’au sommet, d’autant plus que j’étais seul cette année. L’an passé, j’avais commencé à ralentir considérablement à la mi-chemin et j’avais réussi à garder un rythme raisonnable seulement parce que d’autres coureurs en meilleur état donnaient un bon exemple. La motivation venant de l’intérieur fut suffisante cette fois-ci et le bon travail qui en découlait ajoutait au bon feeling.

J’étais évidemment très heureux lorsque j’ai reconnu le point où la descente finale commence. Les jambes n’allaient pas si mal non plus vu les circonstances. J’ai pu accélérer un peu jusqu’au dernier ravito. Il y avait une foule d’attroupée autour des tables et j’était sur une bonne lancée alors je n’ai pris qu’une minute pour remplir une bouteille avant d’attaquer les derniers 8 km. La fin approchait pour de vrai et j’avais maintenant 21 minutes d’avance sur la dernière édition.

Les trois premiers kilomètres, en sentier, se sont bien déroulés. Ensuite viennent 2 km sur un chemin très abrupte couvert de gravier qui aurait pu passer quelques fois de plus dans le concasseur. Pas super confortable ou plaisant, mais on ne concentre pas trop là-dessus lorsqu’on sent la ligne d’arrivée.

Le marécage des derniers kilomètres a cependant réussi à me ralentir, comme l’an passé. C’est une section hautement déplaisante dans laquelle je semble voué à toujours frapper un down. Après une lutte interne de 10-15 minutes, les spectateurs commençaient à devenir plus nombreux et les festivités au Mont Grands-Fonds se laissaient entendre. Le problème de motivation est rapidement disparu et j’ai poussé un peu pour renouveler avec la ligne d’arrivée.

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Sommaire

Avec un temps de 8h10m51s, j’ai réussi à battre mon temps de l’année précédente de 20 minutes et 24 secondes. Pas autant que j’avais espéré, mais pas si mal vu les circonstances. La boue a certainement rendu le parcours un peu plus lent et le gros down en plein dans une section qui aurait due être rapide n’a pas aidé non plus. Ce dernier est évidemment de ma faute, mais au moins je peux me dire que c’est de la gestion de course et que le physique était sûrement là pour atteindre mon but.

Les grosses réussites furent de ne pas m’être assis une seule fois durant la course (une première) et d’avoir maintenu un assez bon pace tard dans la course sans avoir quelqu’un devant moi pour me tirer.

La nutrition en début de course fut encore une fois assez mal gérée. C’est toujours une question de vitesse trop élevée, car je pense habituellement à manger lorsque je vois venir un bout plus lent (comme une montée). Lors des départs excités, je cours presque tout sauf les ascensions majeures et les ralentissements sont donc plus rares. Les parcours comme celui-ci qui n’ont que des montées graduelles au début finissent donc souvent par me piégér.  À travailler.

Bref, un aspect de l’exécution n’était pas top et le résultat final s’en est trouvé un peu diminué, mais j’ai senti que le potentiel était là et que tout était en train d’avancer dans la bonne direction.

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